L'ESS est-elle solidaire avec les jeunes dip’ et les seniors ?

Auteur : Sylvie Laidet
avril 2011

De la place pour les jeunes et les vieux. En termes de recrutement, l’ESS est-elle plus sociale et solidaire que le reste de l’économie marchande ? Pas si sûr.

Welcome aux jeunes diplômés

Pour perdurer et se développer l’économie sociale et solidaire a besoin de se professionnaliser. « Toutefois, ce secteur n’en est pas moins exigeant en termes de qualification et de niveau de diplôme », souligne Matthieu Hély, maître de conférence en sociologie à l’université Paris Ouest-Nanterre et coauteur avec Fanny Darbus d’une étude « Travailler dans l’ESS » publié dans la revue Recma.

Dans l’ESS aussi, le diplôme rassure. « Comme dans l’économie traditionnelle, avoir d’un bac+5 ou un diplôme d’école de commerce est toujours la voie royale. D’autant que de grandes écoles ont lancé des modules sur l’ESS. Cela dit, des structures comme les SCOP

( Société coopérative et participative) donc plus proches de l’esprit PME, peuvent être séduit par des parcours atypiques. Dans ce cas, le candidat peut mettre en avant son expérience terrain et surtout son réseau », observe Guillaume Chocteau, de Ressources Solidaires.

Le président de cette association, Cyrille Chrétien va encore plus loin, il plaide « pour un moindre conformisme des DRH. Chez nous par exemple, personne n’a de diplôme supérieur à un Bac+2. Quand on recrute, on fait un pari sur la personne et par sur son diplôme ». Aussi, c’est une titulaire d’un BEP a décroché le poste de comptable de l’association et pas le candidat ayant un bac+2.

Les jeunes aux manettes rapidement

« Les jeunes diplômés optent aussi pour ce secteur car il permet de prendre rapidement des responsabilités. En tout cas plus vite que dans des structures plus classiques et souvent plus lourdes », observe Catherine Di Domenico, professeur d’économie à l’EM Lyon. De même, ils apprécient de ne pas être bridés et de pouvoir se servir à bon escient de leur « capacité d’initiative et d’autonomie ». Quitte à perdre en salaire.

De l’expérience mais pas trop

« Pour les postes dans les sièges, par exemple des postes de DRH, de DAF…, les employeurs de l’ESS sont assez friands de candidats affichant 5 ou 6 ans d’expérience que le différentiel de salaire (entre -20 et -30% par rapport à l’économie marchande) n’effraie pas », constate Hubert L’Hoste, directeur du pôle ESS chez Mercuri Urval. Du mal à trouver des candidats ?

Pas vraiment selon ce spécialiste du recrutement. Les candidats à ce type de poste sont très attirés par l’intérêt des postes proposés, le côté « service public » ou plutôt d’utilité publique de ce type de job. « Je reçois par exemple beaucoup de candidatures de directeurs d’établissement de santé publique qui veulent passer dans le secteur hospitalier non-lucratif ».

Dans leur étude « Travailler dans l’ESS : aspirations, représentations et dispositions », Fanny Darbus et Matthieu Hély confirment qu’en effet, « nous assisterions, au-delà des discours incantatoires sur l’idéal du « travailler autrement » qu’incarnerait l’ESS, à la naissance d’une nouvelle fraction du salariat remplissant les missions du public dans les conditions du privé ».

Les seniors en reconversion

Oui, les cadres expérimentés sont les bienvenus dans l’ESS. Leurs compétences très pointues ou leurs talents de manager aguerris sont tout à fait en phase avec les attentes d’un secteur en mal de professionnalisation.

Mais attention, comme dans l’économie marchande classique, les recruteurs préfèrent malheureusement toujours embaucher des quinquas en poste que des seniors au chômage. « Ce secteur peut être une opportunité pour les 45-55 ans de terminer leur carrière en redonnant un sens à leur boulot. Pour eux, il est également plus facile de supporter la baisse salariale car au cours de précédente vie professionnelle, ils percevaient des salaires tout à fait correct », insiste Catherine Di Domenico. Ces cadres souvent très débordés auparavant apprécient également de pouvoir lever le pied en bossant par exemple à temps partiel.


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