Les femmes en position de force

Auteur : Sylvie Laidet
avril 2011

Mazette, 54% des cadres de l’économie sociale et solidaire sont des ….femmes ! Mesdames, sans vouloir vous couper l’herbe sous le pied, ce chiffre, certes bien meilleur que dans le secteur privé lucratif (30% de femmes cadres) mérite d’être nuancé.

Une économie plus féminine…

Dans l’économie sociale et solidaire (ESS), les gros pourvoyeurs d’emploi sont les secteurs sanitaire et social, la culture, l’éducation et la formation. Des activités liées à la main gauche de l’Etat qui classiquement, attirent plus les femmes. « Cela mobilise des dispositions spécifiques comme l’attention aux autres, l’altruisme, l’inventivité –faire des merveilles avec des bouts de ficelles-  l’écoute, la patience… que la société inculquent structurellement plus aux filles qu’aux garçons. C’est  pourquoi ensuite elles s’identifient davantage à des métiers qui mobilisent ces compétences », argumente Fanny Darbus, docteure en sociologie et chercheure associée au Centre de Sociologie Européenne, EHESS et auteur de « Economie solidaire, économie précaire » à paraître aux  Presses de Sciences Po.

… et plus précaire

« La face moins sexy du recrutement féminin s’explique par le type d’emploi qu’abrite l’ESS. Il s’agit d’emplois souvent précaires comme des temps partiels, c'est-à-dire salaire partiel, des CDD… », regrette Fanny Darbus.

Moins d’exigences salariales

La faible attractivité des carrières dans l’ESS en termes de rémunération explique également la présence plus importante de femmes, et en particulier de femmes cadres. « A part les femmes vivant seules avec enfant, elles sont plus nombreuses que les hommes à être prêtes à consentir à une rémunération plus faible qu’ailleurs pour travailler dans l’ESS », souligne Matthieu Hély, maître de conférence en sociologie à l’université Paris Ouest-Nanterre et coauteur avec Fanny Darbus d’une étude « Travailler dans l’ESS » publié dans la revue Recma.

Une manière de relancer sa carrière

« La forte féminisation du secteur est également lié au fait que le monde associatif est un espace de travail « intermédiaire », qui permet à des femmes de se relancer sur le marché du travail ou d’avoir accès à celui-ci en occupant des position d’attente notamment à travers le bénévolat », observe Fanny Darbus.

Promotion par l’ancienneté

Beaucoup de femmes qui ont aujourd’hui le statut de cadres l’ont obtenu grâce à leur ancienneté dans la structure. Actuellement, le secteur semble embaucher moins de femmes que d’hommes. Dommage !


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