Gagner moins pour travailler mieux

Auteur : Sylvie Laidet
avril 2011

Vous envisagez de prospecter dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Bonne idée, mais attention, votre rémunération ne sera pas peut être pas à la hauteur de vos attentes. A vous de voir quel prix vous souhaitez donner à votre engagement.

Gagner moins pour travailler mieux ! Les cadres en poste dans l’économie sociale et solidaire gagnent 20% de moins que leurs homologues du privé (hors ESS). Soit 4631 euros bruts mensuels en moyenne contre 5733 euros dans le privé classique. Évidemment, ces données brutes* cachent de grandes disparités. Alors lucratif, l’ESS ?

Une échelle des salaires resserrée

«  L’Ess ne paye pas moins bien que les autres secteurs d’activité. Mais la principale différence est que l’échelle des salaires est moins importante », souligne Frédéric Massot, président du centre des jeunes, des dirigeants, des acteurs de l’économie sociale.

Concrètement, il y a moins d’écart entre le plus bas salaire et la plus forte rémunération au sein des organisations de l’ESS. Deuxième grande différence avec le secteur privé lucratif classique : l’impossibilité de percevoir des stock-options ou tout autre abondement au capital. « Cela étant, les salariés de l’ESS ne sont pas exclus des dispositifs d’épargne salariale ou d’épargne retraite », insiste Guillaume Chocteau, délégué général de Ressources solidaires, un site spécialisé dans l’emploi de l’ESS.

Des variations sectorielles

« Le secteur mutualiste et les coopératives paient en général mieux que les secteur lucratif classique. Ceci s’explique par une plus grande ancienneté des collaborateurs dans leur poste », observe Nadine Richez-Battesti, maître de conférence à l’Université de la méditerranée, chercheur au Lest et co-auteur d’une étude sur la qualité de l’emploi dans l’ESS.

Les nouvelles recrues amenées à remplacer les seniors très nombreux à partir à la retraite dans ces structures, profiteront-ils aussi de ces bonnes conditions financières ? « Si les employeurs veulent garder les jeunes qu’ils ont embauchés souvent surqualifiés comparé au poste occupé, ils devront effectuer un rattrapage salarial. Sinon, cette population risque de partir ailleurs », prévient-elle.

Un investissement socialement utile

Les packages salariaux moins conséquents dans l’ESS ne semblent pas effrayés les candidats à des postes dans l’économie sociale et solidaire. D’après une étude réalisée auprès d’adhérents de l’association Ressources solidaires (en consultation payante sur le site de la revue internationale de l’économie sociale, www.recma.org/node/1073), « 80% des individus se déclarent prêts à accepter une rémunération plus faible pour travailler dans l’ESS ».

Ce fut le cas d’Alain Perry, aujourd’hui responsable des systèmes d’information de France Active, un réseau solidaire d’aide à la création et au développement d’entreprise: « j’aurais mieux gagné ma vie dans le secteur privé traditionnel mais mon boulot y serait moins intéressant. Là, je gagne moins mais mon job est utile et j’ai des responsabilités que je n’aurais jamais eues ailleurs à mon âge. C’est un investissement car j’acquiers une réelle expérience que je pourrai peut-être un jour faire valoir ailleurs. Mais pour l’instant, mon capital, c’est mon utilité sociale ».

 

* Source : Insee, DADS 2008, traitement observatoire national de l’ESS / CNCRES


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