« Un supplément d’âme »

Auteur : Propos recueillis par Sylvie Laidet
avril 2011

Florence Delacour le Petit, 42 ans, directrice ressources humaines, organisation et système d’information de la Fondation de France*.

Aviez-vous toujours travaillé dans l’ESS avant d’être recrutée à la Fondation de France ?

Non, après un DEA en développement des ressources humaines et une formation doctorale en organisation, j’ai travaillé dans le secteur de la banque et de la finance, dans un office public de logement avant d’atterrir à la DRH d’une SSII. Là, j’ai connu à la fois les périodes euphoriques de recrutement mais aussi les restructurations. D’ailleurs, j’ai moi-même été licenciée pour des raisons économiques.

C’est donc une fois au chômage que vous vous orientez vers l’ESS ?

En fait, je n’avais jamais pensé à ce secteur d’activité. J’orientais d’ailleurs mes recherches vers le secteur bancaire et financier où j’avais passé le plus clair de mon temps. Et puis, j’ai répondu à une offre d’emploi pour la Fondation de France. Avant l’entretien, j’ai évidemment fait des recherches sur le secteur. Mais c’est la rencontre avec Francis Charhon, le Directeur Général de la Fondation qui m’a décidé.

Quel a été son discours ?

J’avais en face de moi un homme très droit, très investi et très en phase avec mes valeurs. Son discours était porteur de sens, et je crois qu’à l’époque, j’aspirais à redonner du sens à mon travail. Ne perdons pas de vue qu’entre 1990 et 2003, j’ai travaillé dans des entreprises dures, avec un management difficile, où les licenciements étaient rapides et fréquent. J’aspirais à davantage de valeurs humaines. J’avais à l’époque 35 ans, je me suis dit que j’avais encore le droit de me tromper.

De quoi aviez-vous peur ?

Je craignais de me « déprofessionaliser ». J’avais l’image d’un secteur d’activité encore très artisanal. Or pas du tout. J’y ai retrouvé les mêmes exigences, le même professionnalisme que dans le privé lucratif. J’ai également été surprise par la rigueur de l’organisation qui est en fait liée à toutes les instances de contrôle interne (conseil d’administration, comité d’audit…) et externe (cour des comptes, comite de la charte…). Nous avons un marché, des concurrents, des clients, des produits et des services à développer…Sauf qu’ici, je dirais qu’il y a un petit « supplément d’âme », même si ça peut paraître excessif.

Quel est ce « petit supplément d’âme » ?

Avant tout, c’est la mission même de la Fondation qui la rend par définition humaine : être au service des autres. Par ailleurs, le management y est tout simplement moins violent. Comme dans le secteur marchand, nous avons une politique de mobilité, des processus d’évaluation, des politiques salariales…. Mais, la façon de faire et de parler est différente. Il me semble qu’il y a une meilleure conciliation entre les attendus de l’entreprise et les attendus des salariés. La capacité d’innovation est également supérieure à celle du privé lucratif.

C’est-à-dire ?

A la Fondation de France, les circuits de décision sont plus courts, la force d’inertie est moins importante donc on se sent plus en capacité de proposer des choses innovantes.

Aujourd’hui, vous avez une triple casquette : celle de DRH, de directrice de l’organisation et du système d’information. Ce n’est pas un peu lourd à gérer ?

C’est effectivement une lourde charge de travail mais comme dans n’importe quelle PME. Le regroupement de ces trois fonctions n’est ni un hasard, ni une volonté de faire des économies de poste. Cela répond à une logique consistant à mettre les hommes et les moyens au centre de la performance.

Avez-vous du faire des concessions salariales pour travailler dans ce secteur ?

Actuellement, je n’estime pas être sous-payée. En fait, je recherchais un package comprenant à la fois le salaire, de nouvelles relations humaines, une autre façon de travailler, des responsabilités et un boulot intellectuellement intéressant. Ici, toutes ces conditions sont réunies. Donc je ne cherche même pas à connaître « mon prix » sur le marché du lucratif. Je pourrai sans doute gagner plus mais à quel prix ?

 

*Voir le site de la Fondation de France


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