Comment créer une entreprise sociale et solidaire

Auteur : Valérie Froger
avril 2011

La création d’une entreprise sociale et solidaire diffère peu d’un projet de création d’entreprise classique. Les étapes sont similaires mais des nuances existent.

Commerce équitable, développement durable, services aux personnes, recyclage… l’entrepreneuriat social  est depuis quelques années en plein développement. Répondant à des nouvelles tendances de consommation, ces entreprises partagent trois caractéristiques communes : à côté d’un projet économiquement viable, elles possèdent une finalité sociale (lutte contre l’exclusion, insertion, prise en compte de l’environnement…) et bien souvent une gouvernance participative. Les jeunes diplômés et les cadres en reconversion, à la recherche de sens, sont de plus en plus réceptifs à cette forme de création atypique.

La finalité est sociale, la modalité économique

Étude de marché, business plan, recherche de financement, choix de la forme juridique… les créateurs d’entreprise sociale et solidaire n’échappent pas au parcours du créateur lambda. « C’est une forme de création comme une autre mais le business model est inversé. Dans ce type de projet, la finalité sociale dépasse la finalité économique. L’entreprise va créer de l’argent mais celui-ci est mis au service d’une cause », affirme Thierry Sibieude, professeur à l’Essec et directeur général de l’institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social.

Il est donc capital  de réaliser dès le départ une étude de marché poussée pour savoir si le projet répond à un besoin économique tout en apportant une réponse sociale (lutter contre l’exclusion, maintenir des emplois durables, développer un lien social…).

Parmi les secteurs les plus représentés dans l’économie sociale et solidaire, les services à la personne arrivent en tête de liste mais toutes les activités liées à l’environnement (collecte, tri, recyclage), à l’alimentaire (circuits courts), au transport (mobilité durable, auto-partage) ou au commerce équitable occupent également une place conséquente.

Des initiatives apparaissent même dans le conseil avec par exemple la création de Mozaik RH, un cabinet de recrutement spécialisé dans la réinsertion des jeunes issus des quartiers. « Il n’existe pas de chiffres sur l’entrepreneuriat social mais on estime  que 15 000 PME répondent à la définition. C’est un phénomène en émergence qui attire les jeunes et les cadres en quête de sens » explique Elise Depecker, responsable du programme entrepreneuriat social de l’Avise.

Les différents types d’entreprises sociales

Le porteur de projet a le choix entre différentes formes juridiques. « Il peut choisir une forme sociétale classique comme la SARL ou la SA et mentionner dans les statuts la finalité sociale de son entreprise ainsi que son mode de gouvernance » déclare Elise Depecker.

Il peut aussi choisir de créer une entreprise coopérative de type CAE (coopérative d’activité et d’emplois), SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) ou Scop (société coopérative de production). Dans ces structures, les décisions sont prises collectivement, la gouvernance est participative et les profits sont réinvestis dans l’activité. « Tout dépend du projet, de son ambition et des moyens financiers de l’entrepreneur. Une scop privilégie le partage et l’égalité sans être trop coûteuse au niveau des formalités. Une SA exige en revanche un capital de 37 000 euros mais inspire confiance auprès des partenaires. L’idéal est de prendre conseil auprès d’un juriste car il y aussi des conséquences sociales et fiscales à prendre en compte » insiste Thierry Sibieude.

Il est également possible de créer des structures d’insertion (entreprise d’insertion, entreprise adaptée, entreprise de travail temporaire d’insertion…) et de demander des agréments auprès de l’Etat. Dans ce cas, des aides financières sont versées aux créateurs en fonction du nombre de postes créés.

Des freins demeurent

Mais attention toutefois, si certaines aides existent (voir article suivant), la recherche de financements reste un obstacle de taille pour les entrepreneurs sociaux. « Il est plus difficile de convaincre les investisseurs avec un projet social et solidaire car  la prise de risque est plus élevée et les perspectives de rentabilité sont moins importantes » prévient Thierry Sibieude.

Il ne faut pas donc pas hésiter à aller frapper à la porte des réseaux d’accompagnement à la création d’entreprise comme France Initiative, France Active ou le Réseau Entreprendre pour obtenir des prêts d’honneur. « Ces réseaux sont généralistes mais ils sont sensibles aux projets sociaux et développent des programmes spécifiques », explique Elise Depecker. Quant aux banques, déjà frileuses pour financer des projets classiques, mieux vaut se tourner vers le Crédit coopératif, le Crédit mutuel  ou la Nef, une coopérative de finances solidaires.

Synthèse : les 6 étapes d’un projet de création d'entreprise

-  réaliser une étude de marché

-  établir un business plan

-  rechercher les financements

-  choisir la forme juridique de l’entreprise

-  immatriculer l’entreprise au CFE (centre de formalités des entreprises)

-  lancer l’activité

 


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